Gérer une crise en direct :
l'accompagnement stratégique
pendant la tempête

Cyrille Cardonne
Cyrille Cardonne
Président Fondateur · INSEAD Leadership in the Crisis · IHEMI
1er mai 2025
8 min de lecture · 2 000 mots

Le téléphone sonne à 6h47 du matin. Un incident grave. La presse régionale est déjà au courant. Vos équipes commencent à recevoir des messages de leurs proches. Votre conseil juridique ne répond pas encore. Et vous , vous êtes seul face à la décision la plus importante que vous prendrez peut-être cette année. C'est là, exactement là, que tout se joue.

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Anticiper, préparer, simuler
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Pendant la crise
Piloter, décider, communiquer en temps réel
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Reconstruire, capitaliser

Pourquoi personne ne devrait gérer une crise seul

Il existe une idée répandue dans les organisations : les bons dirigeants gèrent naturellement les crises. Ils sont payés pour ça. Faire appel à un soutien extérieur serait un aveu de faiblesse, ou pire , une perte de contrôle.

Vingt ans d'interventions en gestion de crise, dans des environnements bien plus exigeants que la plupart des crises d'entreprise , de la Légion Étrangère aux cabinets ministériels , m'ont appris exactement le contraire. Les meilleurs décideurs que j'ai rencontrés sont ceux qui savent précisément quand et comment s'appuyer sur une expertise extérieure. Pas parce qu'ils ne sont pas capables. Parce qu'ils comprennent les limites cognitives de la décision sous stress intense.

La crise crée quatre conditions qui dégradent systématiquement la qualité de la décision individuelle : la surcharge informationnelle, la pression temporelle extrême, l'implication émotionnelle du décideur, et l'isolement. Ces quatre conditions sont précisément celles pour lesquelles une expertise extérieure , méthodique, détachée, disponible , fait la différence entre une crise maîtrisée et une crise aggravée.

Un cabinet de crise n'intervient pas à la place du dirigeant. Il crée les conditions dans lesquelles le dirigeant peut décider mieux , plus vite, avec plus d'information structurée, avec une vision que la pression ne laisse pas toujours percevoir de l'intérieur.

Ce qui se passe dans la première heure

La première heure d'une crise est la plus déterminante et la plus difficile à gérer. C'est le moment où l'information est la plus fragmentaire, la pression la plus forte, et où les erreurs ont les conséquences les plus durables. C'est aussi, paradoxalement, le moment où les organisations sont le moins préparées à agir , parce que les procédures n'ont jamais été vraiment testées à cette vitesse.

Ce qu'Arkane fait dans les 60 premières minutes
0–10 min
Diagnostic express. Appel de situation avec le dirigeant ou son représentant. Nature de la crise, périmètre exposé, premiers éléments factuels, parties prenantes déjà informées ou exposées. Pas de décision encore , compréhension d'abord.
10–20 min
Veille immédiate activée. Surveillance en temps réel des médias régionaux (DNA, L'Alsace), nationaux, et des réseaux sociaux sur toutes les requêtes liées à l'incident. Ce qui est déjà dit, ce qui ne l'est pas encore, ce qui va l'être.
20–35 min
Activation de la cellule de crise. Convocation des membres, installation du poste de commandement, attribution des rôles. Un seul point de décision, une seule voix externe. Les communications non coordonnées sont stoppées.
35–50 min
Premier message interne. Avant que vos collaborateurs l'apprennent par les réseaux sociaux ou leurs proches , un message sobre, sobre, sobre. Sobre sur les faits. Clair sur le sérieux avec lequel vous traitez la situation. Sans promesses non tenues.
50–60 min
Décision sur la première prise de parole externe. Qui parle ? Quand ? Quoi dire exactement ? Coordination avec l'avocat si nécessaire. Le premier message public est souvent celui dont on se souviendra le plus longtemps.

Piloter la cellule de crise heure par heure

Une fois la première heure passée, la crise entre dans une phase de gestion active qui peut durer de quelques heures à plusieurs jours. Cette phase exige une organisation rigoureuse, une discipline informationnelle stricte et une capacité d'adaptation permanente.

La discipline de l'information

En situation de crise, l'information arrive de partout, souvent contradictoire, souvent incomplète. La première fonction d'une cellule de crise bien pilotée est de trier, vérifier et hiérarchiser l'information avant toute décision. Nous distinguons systématiquement trois catégories : les faits avérés (ce que nous savons avec certitude), les faits probables (ce que nous estimons avec un niveau de confiance élevé) et les incertitudes (ce que nous ne savons pas encore). Les décisions se prennent sur les faits avérés. Les scénarios se construisent sur les faits probables. Les incertitudes génèrent des questions , pas des actions.

Le rythme décisionnel

Une crise mal pilotée se reconnaît à son rythme : soit paralysée (pas de décision, attente d'une information supplémentaire qui ne vient pas), soit précipitée (décisions prises dans l'urgence sans vérification). Le bon rythme est celui d'une cellule qui décide à intervalles réguliers et définis , toutes les heures en phase aiguë, toutes les deux ou trois heures en phase de stabilisation. Entre ces points de synchronisation, les membres exécutent. Cette cadence évite à la fois la paralysie et la précipitation.

⚠ Erreur classique

Réunir toute la cellule pour chaque micro-décision. C'est la paralysie assurée. La règle est simple : les décisions opérationnelles (qui fait quoi, maintenant) sont déléguées. Les décisions stratégiques (que dit-on, comment, à qui) passent par la cellule. Le dirigeant n'est jamais seul sur les décisions stratégiques , et jamais bloqué sur les opérationnelles.

Communiquer quand chaque mot compte

La communication de crise pendant une crise active est l'un des exercices les plus périlleux qui existe. Elle doit simultanément rassurer sans mentir, informer sans tout dire, maintenir la confiance sans promettre ce qu'on ne contrôle pas encore, et s'adapter en permanence à une situation qui évolue heure par heure.

Les quatre publics à gérer en parallèle

Chaque crise implique au moins quatre audiences distinctes, avec des attentes et des canaux différents :

Équipes internes
Besoin de clarté sur la continuité de leur activité et de leur emploi. Message prioritaire , avant toute communication externe. Canal : message direct du dirigeant, réunion d'équipe si possible.
Clients & partenaires clés
Besoin de confirmation que leurs intérêts sont protégés. Contact personnalisé par le commercial ou le dirigeant selon les enjeux. Pas de communiqué générique , appel direct pour les comptes stratégiques.
Médias & presse
Une seule voix, un seul message, un seul porte-parole désigné. Éléments de langage validés. Aucune improvisation. La presse régionale alsacienne est réactive , une non-réponse est une réponse qui sera interprétée.
Autorités & institutionnels
Préfecture, DREAL, ARS, autorités sectorielles selon les cas. Contact proactif plutôt que réactif , apprendre d'une autorité qu'elle a été informée par les médias avant vous est un signal de rupture de confiance difficile à réparer.

À Strasbourg, la dimension institutionnelle est amplifiée. Les représentations européennes, les administrations franco-alsaciennes et les institutions du Conseil de l'Europe peuvent devenir parties prenantes en quelques heures pour certains types de crise. Anticiper ces interlocuteurs spécifiques fait partie de l'expertise locale d'Arkane.

Les trois phases de la gestion active

Une crise active traverse généralement trois phases distinctes, chacune avec ses enjeux et ses priorités propres. Les confondre , et appliquer la posture de la phase 1 en phase 3 , est une erreur fréquente qui prolonge inutilement la durée de la crise.

I
Phase aiguë
Contenir et stabiliser
Durée : 2 à 72 heures selon la nature de la crise

L'objectif de cette phase n'est pas de résoudre la crise , c'est d'en stopper l'aggravation. Chaque heure compte. La priorité absolue est d'éviter que la crise ne change de dimension : opérationnelle en médiatique, locale en nationale, individuelle en collective.

C'est la phase où la cellule de crise travaille le plus intensément, où les décisions sont les plus fréquentes, et où les erreurs sont les plus coûteuses. Arkane est en contact continu avec le dirigeant et pilote la coordination de bout en bout.

Activation et pilotage de la cellule 24h/24
Veille médiatique et numérique en temps réel
Construction et validation des messages
Coordination juridique si nécessaire
Communication interne prioritaire
II
Phase de gestion
Maîtriser et orienter
Durée : 3 à 14 jours selon la complexité

La crise est stabilisée mais pas résolue. L'organisation reprend une partie de son fonctionnement normal, mais la pression médiatique, judiciaire ou sociale reste présente. L'enjeu de cette phase est de maîtriser le récit , passer d'une posture défensive à une posture active, sans précipiter une sortie de crise qui n'est pas encore mûre.

C'est souvent la phase la plus longue et la plus éprouvante psychologiquement pour les équipes. Le rôle d'Arkane est aussi de maintenir la vigilance et l'énergie des équipes dirigeantes sur la durée.

Points de situation quotidiens
Ajustement continu des éléments de langage
Accompagnement des prises de parole publiques
Gestion des relations presse au fil de l'eau
Préparation de la stratégie de sortie
III
Phase de sortie
Clore et préparer la reconstruction
Durée : variable , parfois plusieurs semaines

La crise se ferme, mais la sortie ne s'improvise pas. Le moment de la clôture , comment on l'annonce, à qui, dans quel ordre , détermine en grande partie la reconstruction de la réputation. Une crise bien gérée jusqu'en phase III peut se transformer en démonstration de solidité , à condition que la communication de sortie soit aussi soignée que la gestion de l'entrée.

C'est aussi le moment où on prépare le retour à la normale pour les équipes, souvent marquées par les semaines écoulées, et où on jette les bases de l'audit post-crise.

Rédaction du message de clôture
Communication de reconquête auprès des parties prenantes
Gestion de l'empreinte numérique résiduelle
Accompagnement RH des équipes
Lancement de l'audit post-crise

Ce que Strasbourg change dans la gestion active d'une crise

Gérer une crise à Strasbourg n'est pas gérer une crise à Lyon ou à Nantes. L'écosystème strasbourgeois crée des dynamiques spécifiques que les cabinets nationaux sans ancrage local ne maîtrisent pas , et qui peuvent faire dérailler une gestion pourtant compétente sur le fond.

Le tissu économique alsacien est extraordinairement dense et interconnecté. Les dirigeants se connaissent. Les réseaux professionnels , MEDEF Alsace, CCI Strasbourg, clusters sectoriels , fonctionnent comme des amplificateurs d'information. Une information qui circule discrètement dans les cercles parisiens peut devenir un fait établi à Strasbourg en quelques heures. La vitesse de propagation locale exige une réactivité que les standards nationaux ne calibrent pas toujours correctement.

La présence des institutions européennes , Parlement, Conseil de l'Europe, CJUE , crée également une catégorie particulière de crises : celles où une affaire locale peut prendre une résonance internationale en quelques heures, portée par des réseaux de presse et d'influence que seule une connaissance fine de l'écosystème strasbourgeois permet d'anticiper.

Enfin, la dimension franco-allemande : pour les entreprises bi-nationales, les groupes avec des filiales de part et d'autre du Rhin, ou les dirigeants étrangers implantés en Alsace, la crise doit simultanément respecter deux systèmes juridiques, deux cultures de communication et deux espaces médiatiques. C'est l'une des spécialités distinctives d'Arkane à Strasbourg.

Questions fréquentes sur l'accompagnement pendant une crise

Que fait concrètement un cabinet de gestion de crise quand la crise est en cours ?+
Un cabinet de gestion de crise en intervention active joue le rôle de coordinateur stratégique central. Il active et pilote la cellule de crise, aide à prendre les décisions sous pression, construit et valide les messages, coordonne les parties prenantes, assure la veille en temps réel et ajuste la stratégie heure par heure. Son rôle n'est pas de remplacer le dirigeant , c'est de lui donner le recul, la méthode et les ressources qu'il ne peut pas mobiliser seul dans l'urgence.
Combien de temps dure l'intervention d'un cabinet de crise ?+
La durée varie selon la nature de la crise. Une intervention en phase aiguë dure généralement de 48 heures à 2 semaines. Pour les crises judiciaires ou réputationnelles, l'accompagnement peut s'étendre sur plusieurs mois avec une intensité variable. Arkane intervient à Strasbourg et dans le Grand Est avec une disponibilité 24h/24 dès les premières heures.
Comment prendre de bonnes décisions quand on est sous pression pendant une crise ?+
La décision sous pression repose sur trois principes : structurer le flux d'information pour séparer les faits avérés des rumeurs, maintenir une chaîne de décision courte (maximum 3 à 4 personnes pour les décisions critiques), et accepter l'imperfection des décisions initiales en prévoyant des points de révision réguliers. Un cabinet de crise apporte la méthode qui permet de décider vite sans décider mal.
Faut-il communiquer pendant une crise même si on n'a pas toutes les informations ?+
Oui , mais avec méthode. Le silence absolu laisse le champ libre aux rumeurs et à la narration adverse. La posture correcte est le "silence actif" dans les premières heures : signaler que vous traitez la situation, sans divulguer des éléments non vérifiés. Puis communiquer par strates successives au fur et à mesure que les faits se confirment. Chaque communication doit être validée , par les avocats s'il y a une dimension judiciaire.
Comment gérer les équipes internes pendant une crise ?+
La gestion des équipes internes est souvent le maillon le plus négligé pendant une crise , au profit de la communication externe. Des équipes non informées peuvent amplifier considérablement la crise : prises de parole non coordonnées, fuites vers les médias, désinvestissement. La règle est simple : informer les équipes avant qu'elles ne l'apprennent par d'autres canaux, avec un message sobre et rassurant sur la continuité de l'activité. La DRH doit être intégrée à la cellule de crise dès le début.
Cyrille Cardonne
Cyrille Cardonne
Président Fondateur · Arkane , Certifié IHEMI · INSEAD Leadership in the Crisis · EM Strasbourg
Officier supérieur de gendarmerie, Légion Étrangère Parachutiste, ex-conseiller au cabinet du ministre de l'Intérieur, titulaire du certificat INSEAD « Leadership in the Crisis », certifié IHEMI, membre du Cercle K2 et du CRSI, formateur à l'EM Strasbourg Business School. Expert commentateur sur les chaînes d'information continue (CNEWS, BFM TV, LCI).